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Algérie: A la poursuite d'une nappe miraculeuse d'hydrocarbures dans le Nord.

 

Les derniers propos du Ministre de l’Energie et des Mines, Youcef Yousfi, tels que repris par l'APS ont du surprendre plus d'un observateur par leur teneur. Le ministre nous y annonce que l’Algérie a réalisé en 2011 ses "premières découvertes du pétrole et du gaz dans le nord du pays, une région supposée riche en hydrocarbures mais encore sous-explorée".

 

Ensuite, l'APS nous annonce fièrement que "selon le ministre, deux gisements pétroliers ont été découverts en 2011 l’un au nord du pays dans la wilaya de Tébessa et le second est situé entre les wilayas d’El Bayadh et de Béchar, au sud ouest. Deux autres découvertes gazières ont été réalisées dans la région de Tamzaya, située entre El Bayadh et Béchar, et à Djebel Dermoune au sud de Tébessa".



Et enfin, "M. Yousfi a indiqué que le département de l’énergie allait procéder au premier trimestre 2012 à l’évaluation des nouvelles découvertes réalisées en 2011 afin de déterminer le taux de reconstitution des réserves d’hydrocarbures."

 

  • Quand l'APS parle du pétrole, ouvrez votre parapluie car il en pleut au nord du pays !
    La déclaration de Yousfi est insatisfaisante à plus d'un titre. Qu'est ce donc que ce taux de reconstitution des réserves d’hydrocarbures ? On parle de taux de reconstitution d'une nappe aquifère par les eaux de surface, mais pas pour le pétrole et le gaz.  On peut juste supposer que le journaliste a confondu avec le taux de renouvellement des réserves, qui n'est autre que le rapport quantités produites / quantités découvertes dans l'année. A ce propos on attend avec impatience le résultat 2011. Pour rappel, les découvertes 2010 ne couvraient que la moitié de la production de la même année. L'Algérie commence un début de déclin de son industrie phare.

  • Des chiffres valent mieux qu'un long discours (surtout s'il est creux).
    D'autre part, soient les réserves ont déjà été évaluées durant l'exploration (ce qui est l'objet même de cette phase), soient elles ne l'ont pas été...et alors qualifier les résultats de "très encourageants" est un peu téméraire. Des petites nappes de pétrole et du gaz, il y en a un peu partout. Ce que l'on découvre difficilement, ce sont les nappes géantes plus faciles à exploiter et plus productives. La question principale est de savoir à quel coût se monterait l'exploitation des hydrocarbures du Nord. Et cela peut se révéler très impacté par plusieurs facteurs comme la profondeur de la nappe ou du gisement, la nature géologique du terrain, le potentiel de la découverte, etc...

  • L'APS perd le Nord, en l’occurence le Sud !
    Question de géographie: où commence le Nord et où s'arrête le Sud du pays ? Les zones situés entre les wilayas de Béchar et d'El Bayadh sont au Sud-Ouest. A la même latitude que la ville de Laghouat, à proximité des champs pétroliers de Hassi Messaoud ! Pourtant les journalistes qui ont précipitamment réduit l'annonce à un titre de "premières découvertes du pétrole dans le nord du pays" semblent incidemment négliger le potentiel du Sud-Ouest. Cela en dit long sur la quête d'une nappe Nordiste miraculeuse d'hydrocarbures dans le psyché algérien.

  • Le Ministre a changé, pourtant la communication est la même.
    Tout cela ressemble à un bel effet d'annonce. L'objectif est de rassurer. La baisse des investissements d'exploration et de production ne doit pas inquiéter le citoyen lambda. Sauf que le prédécesseur de Youcef Yousfi, l'irritant Chakib Khelil avait lui aussi évoqué en février 2010 “d’importantes réserves énergétiques au Nord du pays” sans donner non plus beaucoup de détails là dessus. A l'époque,  Khelil nous annonçait qu'un gisement de gaz naturel avait été découvert à 30 km de Tiaret. Un petit gisement parmi d’autres...

Y a-t-il d'autres gisements importants d'hydrocarbures en Algérie continentale ou Off-Shore ? On ne le sait pas encore. L'absence de preuve n'est pas une preuve de l'absence. Faut-il croire le Ministre du secteur lorsqu'il ne fournit pas de preuves ? Evidemment non. Si l'intention de Youcef Yousfi était de rassurer sur la pérennité de la manne algérienne d'hydrocarbures, ses propos surprennent, mais ne trompent pas longtemps les observateurs assidus.

 

 

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Some thoughts on the latest events in the Sahel (1). The two French hostages of Hombori are neither spies nor mercenaries.

We witnessed an acceleration of events lately in the Sahel with an almost daily flood of news. I had to change somewhat the structure of the text I was about to publish. Instead of a text too long, here's a little post on the security in Mali and about the kidnapping episode in Hombori.

Regarding the security context, we must first pay tribute to the tourism professionnals who stopped an important part of their activities on behalf of the precautionary principle. Even if this brave decision put their companies in dire financial situations. Otherwise, we could have seen a bigger number of abductions in the area. 

Indeed, one of the first to sound the alarm bell at the end of 2010 was Maurice Freund, President of Point-Afrique. He pointed at the time the rise in number of AQIM fighters and the failure of Mali to deal with. The latest events confirm a posteriori the relevance of his statements, considered at the time as alarmist for no reason. He wrote "If the Tuareg population in its majority is in no way complicit with the terrorist, and is not attracted by their religious fanaticism, it is clear that young Tuareg join this nebula and lend them a hand (greed? sincere engagement? the choice of motives is wide ...)". Point-Afrique decided then a complete cessation of tourism activity in Algeria, stop Agadez and maintain activity south of Niamey in Niger, stop Gao/North Mali and maintain tourism in Dogon country for Mali, and launched an audit for Mauritania.

The failure of Bamako in the fight against crime and terrorism has come to alert other organizers of tourism trekking. "We have no confidence in the situation in Mali, with a total lack of control by the Government of Mali, and civil or military authorities riddled with corruption at the highest level" said Gérard Guerrier, president of "Collectif sécurité" of trekking agencies  ATT (Association des tour-opérateurs thématiques). 

Yes, French travel agencies have sounded the first alarm. They avoided already the area of Hombori for over a year, although it was classified only as "orange" by the Quai d'Orsay. On november 23, beyond the recommendations of French Foreign Ministry, the "Collectif sécurité" decided to suspend simply all travels to Mali, including the southern part with tourist sites such as Djenne and Dogon area. It is worth to note that these decisions were made before the two abductions in Hombori were known to the participants.

This leads to the main purpose of this article. Who are the two hostages Philippe Verdon and Serge Lazarevic?

Officially, Philippe Verdon led for several months a financial and mineral feasibility study for a cement unit in Hombori with a local partner "Les Ciments de Fatma-Mali SA". He promised  to obtain funds and capital from a South African financial company. Then on the night of November 23 to 24, at their hotel Doumbia in Hombori, Philippe Verdon and his friend Serge Lazarevic were abducted by a gang of seven armed men.

Much speculation has surrounded the past of these two men. They are now suspected by AQIM of being spies, which is particularly a life-threatening accusation.

Here are some thoughts on this duo :

1. Since when spies operate without false identity? Philippe Verdon and Serge Lazarevic had no fake identity. They were traveling with their real passports.

2. Serge Lazarevic was confused with Slobodan Lazarevic. The French Lazarevic, who is director of a small security company, subcontractor in the building industry,  was born in June 1963. While the Serbian Slobodan Lazarevic joined the Yugoslav Army's intelligence service in 1968! 

In the photo sent by AQIM, French Lazarevic is on the left,  while on thissite the Serbian is visible in uniform. A Homonymity on which most of the media did not pay attention.

3. The French were suspected of being secret agents, wanting to train a group of Tuareg fighters returning from Libya to tackle the AQIM. This project exists. It is funded by the European Union and other Western countries. The trainers are from different countries, CanadaGreat BritainEuropean Union  and elsewhere. The supervision of training and structuring of joint units of the Malian army incorporating the Touareg is an official projet. It's not a secret and hidden operation, and above all it will be carried out by professionnals, soldiers and members of security forces, not by mercenaries.

4. Was the French Duo in a parallel negotiation with the AQIM to free the abducted French technicians in Arlit in Niger? Our two protagonists were new to the Malian and Sahelian scenes. They were apparently not in contact with local negotiators. They had in fact no detailed knowledge of the environment in which they were moving. And France dipose of other former military veterans with a better knowledge of the context there.

Clearly, the French duo was made up of two adventurers who pushed into the risk-return ratio the first argument a bit too far.

This brings me to the issue of logistical support to AQIM. Malians and Touareg overwhelmingly reject the ideology of AQIM, they do not support its activities. But only one informant per village is enough to provide them with crucial information, one sleeper cell is sufficient to achieve a one-time operation as a kidnapping, a small provider is enough for them to have the essentials for survival. They do not require a massive support of the local population.

Under these conditions, it is worthwhile to remember Maurice Freund statements there is almost a year. He wrote "One of my friends, Ag Aroudeni, brother of the amenokal Oulmeliden (the largest tribe Tuareg) confesses "no longer understand." And told me of his concern, because for some time in his commune, he sees moving preachers, some from Pakistan, that came to teach Salafism. Their preaching is accompanied by well construction, aid to the people and of course the construction of mosques. They are not terrorists, but they make the bed by exploiting Islam for political purposes. There is little time, AQIM members were a handful of one hundred to two hundred men. Now they approach or exceed the thousand fighters ... and sleeper cells are born everywhere!". 

The kidnapping in Hombori had nothing special. And coupled with the Tumbuktu event, they form together a signal of danger to all Western people in a larger area of the Sahel now.

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What is behind the interview of Mokhtar Belmokhtar?

An Arab proverb says that 'knowledge is closer to silence than to speech'. In his interview  with the Mauritanian news service ANI (Agence Nouakchott d’Information), Al-Qaeda in the Islamic Maghreb commander Mokhtar Belmokhtar (MBM) was prolific in different statements (@tweetsintheME provides a highly valuable analysis for that here ), but MBM has also intriguingly avoided to discuss some hot issues.

At first, we should question the conditions of realization of this interview. The interviewer gave no indication on the place, and provides no information on the atmosphere surrounding the meeting, if there were any meeting. 

MBM does not seem to remember that an armed group (that he was supposed to be leading) decapitated Mauritanians soldiers at Lemgheity in Mauritania, and has two successive and contradictory answers. Apart from the fact that some doubt is cast on his presence at the scene of the attack, the interview and its set of questions and answers seem to have been made in a discontinuous way. We can assume that it was made through a messenger or an intermediate tool, disrupting the linearity of the speech.

MBM doesn't mention the Italian and two Spaniards kidnapped from the Polisario's Rabuni camp near Tindouf in Algeria. More than a month after the operation, there has been no AQIM claim for the abduction of the three humanitarians. All assumptions are open, in the hands of subcontractors, abducted by another group of AQIM, under the (silent) control of MBM. Another explanation is that the interview was already outdated when published, if it were to be secretly transported by a courier back and forth in long delays.

On the issue of the truce, MBM denied rumors of agreement with the Algerian army. The pause in operations of his group in Algeria is just a part of a “strategic shift” in order to prepare for a new phase of action. On the Mauritanian side, the AQIM leader does not rule out a halt in attacks if Nouakchott's leaders are back on an acceptable religiously viewed track.

But what about relations with Mali? Unfortunately, MBM is not pushed on the subject. But in contrast to previous answers, his posture hinted to a truce, implicit or negotiated. An at the time of the interview, he did not announce the end of this Malian truce either.

So what was the main reason behind the press release? Implicitly, MBM multiplies the signs of allegiance to AQMI leaders. He shows his organization credentials. Is there an inner fear of a loss of influence in the Sahel? If the abduction of the Rabuni camp was set up by another group, this was a bold stroke since it was close to his rear base in Northern Mali. Does he face competition from newcomers? If so, how will he react to that?

A recent article by Mohamed Ben Ahmed of El Khabar newspaper explains that three kidnapping groups operate now in the Sahel/Sahara. Two of them are under the control of Abdelhakim Abu Zeid and AQIM central structure. The third one is operating independently under the command of MBM. The three groups seem to have engaged in sort of emulation at kidnapping. El Khabar's article gives a description of the MBM group done by the Algerian security services. Here is a rough translation of the paragraph on MBM:

"The third group (of kidnappers in the Sahel) is made up of mercenaries and elements non-organically affiliated with AQIM. MBM is the Emir of the Katiba of Mulathemeen (Battalion of the Masked), he coordinates its activities and makes the liaison with AQIM central structure. His group was involved in the kidnapping of the UN envoy Robert Fowler, that has since been released. It is believed that the group has recently abandoned the truce. MBM band is the most connected group to smuggling networks and to networks of mercenaries led by deserters from the Malian army. The three kidnapping groups activate to fund AQIM. There have been several killings and eliminations of members of the band due to conflicts on the use of ransom and income from smuggling. The murder of the brother in law of MBM, which took place a few months ago, is related to such disputes."

The one-eyed or “Belaouar” as he is nicknamed  is sort of a media figure,  his career is one of the longest in the jihadist movement. As media notoriety doesn't equal presence on the ground, does he still have a great influence on Sahelian events? With his amazing ability to survive in what may appear as a hostile environment, MBM is not devoid of strengths thanks to the networks around him. If the truce between AQIM and Mali is over, as evidenced by recent events, it is hard for MBM to stay watching and not try to reap new benefits of the situation.

With so many remaining questions, it is useful to remember that other Arab proverb "speech is silver and silence is golden". MBM and AQIM are aware of it. The sudy of their activities could be enriched through this separator prism. 

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Avec un scrutin à la proportionnelle, le FIS aurait-il gagné en décembre 1991?

Dimanche 20 novembre 2011.

Que se serait-il passé si le scrutin proportionnel au plus fort reste - de type 'Tunisie 2011' - avait été utilisé en Algérie en 1991?

Dans un mois et une semaine, ce sera le 20ème anniversaire du premier tour des législatives de décembre 1991 remportées par le Front Islamique du Salut. Ensuite on sera dans l'évocation de l'interruption du processus électoral, c'est ainsi qu'officiellement on aborde l'avortement de l’expérience démocratique par intervention des militaires.

Ces évènements ont été extensivement étudiés depuis par les spécialistes. L’objet de cet article est d’apporter un éclairage particulier au regard du choix du type de scrutin. Il n’échappe pas au lecteur assidu de ce blog que ma préférence penche pour le scrutin proportionnel (voir Tunisie: un petit comparatif avec les élections de 1991 en Algérie et Tunisie 2011: Comment un raz de marée islamiste d'Ennahda a été évité) et ce pour deux raisons essentielles:

  • il permet une représentation plus large des forces politiques;
  • il favorise les regroupements et le dialogue entre des partis dans un paysage politique en cours de structuration.
Mais malheureusement pour l’histoire contemporaine de l’Algérie, c’est le scrutin uninominal majoritaire à deux tours qui a été utilisé.

Elections législatives du 26 décembre 1991
Rappel des chiffres de l'élection (1):
Nombre d'électeurs:    13 258 554
Nombre de votants:       7 822 625 soit 59%
Nombre d'abstentions:  5 435 929 soit 41%

Suffrages exprimés:      6 897 719 soit 88,18%
Bulletins nuls:                   924 906 soit 11,82%
Sièges pourvus au 1er tour: 231 sur 432

188 pour le FIS,

25 pour le FFS,

15 pour le FLN et

3 pour des indépendants.


Répartition des voix

Parti Voix   % Parti Voix   % Parti Voix   %
INDEP 309.264 4.48% FLN 1.613.507 23.39% FDU 3.899 0.06%
UDL 9.298 0.13% FSN 6.575 0.10% HEH 1.476 0.02%
UFP 4.184 0.06% GD 6.726 0.10% MDRA 10.934 0.16%
UFD 8.853 0.13% APUA 6.455 0.09% MDA 135.882 1.97%
EL 5.558 0.08% FFS 510.661 7.40% MRI 188 0.00%
RCD 200.267 2.90% FFP 1.067 0.02% MJD 8.902 0.13%
RABI 9.037 0.13% PUAID 7.283 0.11% PJS 1.186 0.02%
RJNA 928 0.01% MSA 1.225 0.02% ALP 2.934 0.04%
RAI 10.824 0.16% PST 6.464 0.09% MNI 150.093 2.18%
AJL 9.898 0.14% PSL 9.272 0.13% PNSD 48.208 0.70%
RNP 111 0.00% PSD 28.638 0.42% PNA 816 0.01%
RNA 2.045 0.03% PRA 67.828 0.98% PUP 7.731 0.11%
ANDI 6.867 0.10% PPD 2.380 0.03% HAMAS 368.697 5.34%
RUN 933 0.01% PR 3.668 0.05% AHD54 2.490 0.04%
FIS 3.260.359 47.26% PAHC 2.698 0.04% OFARI 930 0.01%
FGI 3.860 0.06% PRP 4.872 0.07% MAJD 27.623 0.40%
FAAD 3.600 0.05% PAJP 1.222 0.02%

Source: Algérie Actualités n°1368, semaine du 2 au 8 janvier 1992 (2).

Le FIS frôle la majorité absolue des voix, 47,26% des suffrages exprimés avec 3.260.359 voix. En raison du mode de scrutin uninominal majoritaire à 2 tours, le principal parti islamiste était susceptible de remporter les 2/3 des 432 sièges de la future Assemblée nationale, ce qui l'autorisait à modifier la constitution du pays. Il avait déjà acquis 188 sièges au premier tour et était en ballottage favorable sur 177 autres sièges.

Le seul parti encore capable de le gêner au deuxième tour (initialement prévu le 16 janvier 1992) était le FLN, qui était alors en ballottage dans 172 circonscriptions.

Extrapolation: Que se serait-il passé si le scrutin proportionnel, à un seul tour au plus fort reste, avait été utilisé le 26 décembre 1991?

Nous allons partir des seuls chiffres disponibles, les résultats nationaux affichés ci-dessus, tels qu’ils ont été publiés par l'ancien hebdomadaire Algérie Actualités. En effet, nous ne disposons pas des résultats détaillés par circonscriptions. Le cours des évènements ayant rendue leur communication saugrenue en janvier 1992.

Imaginons que le vote ait été fait suivant la méthode suivante. Le découpage électoral est fait suivant des régions (par exemple un découpage électoral par wilayas). Chaque électeur doit voter pour la liste d'un parti et non pas uniquement pour un candidat. Les sièges sont ensuite répartis suivant les proportions obtenues avec le principe du plus fort reste. Les candidats indépendants ne sont pas pris en compte dans nos calculs.

Dans le premier calcul, on suppose que chaque circonscription-région (ou wilaya) reproduit scrupuleusement au niveau local les pourcentages obtenus nationalement par les différents partis. Dans le deuxième calcul, seuls les partis ayant obtenus un score national supérieur à un seuil de 5% peuvent se voir affecter des sièges parlementaires. Cette règle -dont l’objectif est de conserver uniquement des partis suffisamment représentatifs- est fréquente dans les pays recourant au scrutin proportionnel. Le seuil étant même de 10% lors des élections en Turquie.

Qu'en est-il des résultats dans notre élection extrapolée?

Parti  Sièges 

Sièges min 5%

 

  Parti  Sièges  Sièges min 5%  Parti Sièges Sièges min 5%
INDEP FLN 101 121 FDU 1
UDL 1 FSN 1 HEH 1
UFP 1 GD 1 MDRA 1
UFD 1 APUA 1 MDA 9
EL 1 FFS 32 39 MRI
RCD 13 FFP MJD 1
RABI 1 PUAID 1 PJS
RJNA MSA ALP 1
RAI 1 PST 1 MNI 10
AJL 1 PSL 1 PNSD 3
RNP PSD 2 PNA
RNA 1 PRA 5 PUP 1
ANDI 1 PPD 1 HAMAS 23 28
RUN PR 1 AHD54 1
FIS 204 244 PAHC 1 OFARI
FGI 1 PRP 1 MAJD 2
FAAD 1 PAJP PNI
TOTAL 432 432

Dans le premier schéma, le FIS aurait gagné 204 sièges, soit 47,22% de l’Assemblée Populaire Nationale (APN). Ayant quasiment la majorité absolue, le FIS n’aurait pas eu de difficultés pour trouver des alliés et former un gouvernement islamiste. Il pouvait alors obtenir une majorité confortable en s’alliant par exemple avec d’autres partis islamistes comme le MNI (10 sièges) ou le Hamas (23 sièges).

De façon plus significative, le bloc d’opposition FLN-FFS-RCD obtient dans ce schéma plus de ⅓ de l’APN. Minorité suffisante pour bloquer tout changement profond de la constitution. Mais cela reste de l’ordre de la théorie, puisque le FLN contient lui même en son sein une mouvance proche des islamistes.

Il y aurait eu une dispersion de la représentation à l’APN. Mais moins d’une dizaine de partis auraient pu constituer des groupes parlementaires. Cela vient des résultats bruts de l’élection, sur les 49 partis, seuls 12 avaient obtenus chacun plus de 0,4% des suffrages exprimés. Dans le contexte de l’époque, les autres micro-partis n’ont-ils pas été un facteur de confusion médiatique et n’ont-ils pas participé à l’illisibilité du paysage politique? Probablement.

C’est la raison pour laquelle beaucoup de pays instaurent un seuil minimal de représentation parlementaire. Dans notre deuxième schéma, une barrière minimale de 5% des suffrages ne laisserait alors que 4 acteurs dans l’APN:

FIS    244 sièges soit 56,48%;

FLN   121sièges soit 28%;

FFS     39 sièges soit 9,02%;

Hamas 28 sièges soit 6,48%.


Cette fois-ci le FIS pouvait gouverner tout seul. Mais il ne pouvait pas modifier la constitution et instaurer une république théocratique, même en ayant le soutien de Hamas. Car à eux deux, ils auraient totalisés 272 voix au parlement, en dessous du quorum de ⅔ du total des sièges soit 288 voix.

Pourquoi les dirigeants de l’époque n’ont-ils pas favorisés le scrutin proportionnel? Il se trouve que c’était dans les projets initiaux du premier ministre Mouloud Hamrouche. Mais le 30 mars 1991, Abassi Madani, président du FIS, avait adressé de son côté à l'APN une lettre exigeant le maintien du scrutin uninominal majoritaire à deux tours (3). Puis la grève insurrectionnelle du FIS de juin 1991 allait provoquer la chute du gouvernement Hamrouche. Son successeur Sid Ahmed Ghozali, pensant faussement éviter les risques de déstabilisation, allait d’un pas débonnaire mener le pays vers la “tragédie nationale” (4).

Avec le recul, les deux faits suivants sont indéniables:
  • le FIS a gagné les législatives de décembre 1991. Même avec un scrutin proportionnel, il aurait remporté le scrutin. Se serait-il contenté de gouverner s’il n’avait pas plus de ⅔ de l’APN? Nous ne le saurons jamais, bien que certains islamistes radicaux étaient déjà dans une optique insurrectionnelle armée.
  • 75% des électeurs algériens n’ont pas volontairement choisie à travers les urnes la transformation du pays en régime théocratique. Les 3.260.359 voix en faveur du FIS représentent en effet 24,59% du total des électeurs.
Finalement, les mauvais choix des islamistes, des gouvernants et des militaires ont provoqué le désastre que l’on connait. Vingt ans de perdus. Vingt ans d’une histoire dramatique. Une histoire qui ne sera pas close tant que la vérité, la justice et la démocratie ne seront pas rétablies. La sérénité de l'Algérie est à ce prix.

@7our

(1) Algérie 1990-1993 La démocratie confisquée ? par Fawzi Rouzeik, page 44.
(2) L'islamisme en Algérie par Abderrahim Lamchichi, page 83.
(3) Algérie: raisons et déraison d'une guerre par Me Abdennour Ali-Yahia, page 91.
(4) "Tragédie nationale" désigne la guerre civile des années 90 dans la phraséologie officielle des lois et discours de Bouteflika.

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Classement: les 25 comptes algériens les plus actifs sur Twitter. A suivre...

Jeudi 11 novembre 2011
L’objet initial de cet article était de détecter les 25 comptes algériens les plus influents sur Twitter. Cependant, il est vite apparu qu’il est difficile de parler ici d’influence. Tous les comptes qui suivent ne sont pas forcément utilisés pour exprimer des opinions ou des points de vue. D’autre part, la twittosphère algérienne étant d’une taille limitée, le classement proposé ici mélange les outils automatisés de publication sur Twitter (Bots) et les comptes de compatriotes au sens large. Il ne s’agit pas non plus pour partie d’une liste de twittos vivant uniquement en Algérie, mais de celles et ceux ayant une origine algérienne et qui sont intéressés par leur pays.
 
Cette étude rapide nous donne un cliché des groupes qui composent la twittosphère algérienne. Les 3 principaux groupes sont les suivants:
  • Bots: outils électroniques de journaux classiques ou de journaux électroniques. Et outils programmés pour retweeter les messages contenant des mots particuliers comme par exemple “algeria” ou “algérie”.
  • Geeks: informaticiens et technophiles, parmi les premiers à avoir adopté le microblogging. Il y a là deux sous-groupes qui me semble-t-il ont peu d’interactions entre eux en raison des langues utilisées, anglais-français ou arabe.
  • Observateurs: essentiellement des universitaires/journalistes qui suivent la vie politique, économique, sociale,... des pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient (zone désignée par l’acronyme anglais MENA ci-dessous).
Voici donc ce premier classement. La méthodologie suivie est expliquée en fin d’article.

1. @elkhabarlive (bot, langue: arabe, score 2.89)
El Khabar est l’un des journaux arabophones les plus lus en Algérie.

2. @dna_algerie (bot, langue: français, score 2.98)
DNA (Dernières Nouvelles d’Algérie) est une site créé par Farid Alilat, ancien journaliste de Jeune Afrique. Il couvre l'actualité MENA et s'intéresse plus particulièrement à celle de l'Algérie.

3. @elwatan_com (bot, langue: français, score 3.09)
El Watan est le principal journal francophone. C’est aussi le seul journal papier ayant une véritable stratégie sur internet. Son site est régulièrement actualisé contrairement aux sites des journaux concurrents qui ne font que reprendre l’édition papier des jours ouvrables.

4. @it_scoop_com (bot, langue:arabe, score 3.14)
it-scoop.com est un site en arabe sur l’informatique et les nouvelles technologies. Parmi ses lecteurs, on trouve des étudiants et de jeunes professionnels uniquement arabophones.

5. @themoornextdoor (langues: anglais, français, arabe, berbère; score 3.30)
@themoornextdoor est un universitaire américain d'origine algérienne. Il tient le blog TMND dont le but est d'explorer la vie politique, la politique étrangère et la diplomatie des pays de la zone MENA, avec un éclairage particulier sur l'Algérie et la Mauritanie. Le blog TMND est une référence reconnue dans les milieux spécialisés, il a ainsi été cité dans des revues et journaux internationaux réputés comme le Guardian et Foreign Policy.

6. @TSAlgerie (bot, langue: français, score 3.44)
En quelques années, le journal électronique tsa-algerie a bousculé le champ médiatique algérien. Fondé par Lounes Guemache, un ancien cadre de France Télécom. TSA est l’une des sources d’information les plus consultées par les internautes algériens.

7. @AmelB2010 (langues: arabe, français; score 4.04)
Particulièrement connue au Moyen-Orient suite à sa participation à l’émission Star Academy de la chaîne libanaise LBC, Amel Bouchoucha est une chanteuse algérienne. Vous pouvez la découvrir sur ce clip à la gloire des Verts de  l’équipe d’Algérie de football.


8. @ElKhedra (bot facebook, langue: français, score 4.26)
Pour suivre l’actualité des Verts sur Twitter, rien de mieux que @ElKhedra qui reprend les posts publiés sur la page facebook d’EL Khadra.


9. @Algerian_Dude (multilingue, score 4.58)
Twitto ayant des centres d’intérêt très éclectiques, entre politique algérienne, politique internationale, économie...il twitte dans plusieurs langages. C’est un rebelle dans l’âme. Sa bio “You can't simultaneously fire teachers and tomahawk missiles” (Vous ne pouvez pas en même temps virer les enseignants et tirer des missiles) est une reprise du présentateur américain Jon Stewart.

10. @youknowriad (langues: français, anglais; score 5.38)
Et un premier Geek dans ce classement, Riad Benguella  est un développeur Web. Ingénieur en informatique passé par l’INSA Lyon et l’UST Oran, il travaille actuellement sur un nouveau projet web algérien.

11. @fbess (langues: anglais, français; score 6)
Faten est une new yorkaise d’origine algérienne. Ses tweets sont souvent l’expression d’une intelligence intense qui bouscule les idées reçues. Ses centres d’intérêt portent sur l’actualité de la zone MENA, et parfois elle nous gratifie de citations littéraires.

12. @oranaise (langues: anglais, français; score 6.09)
Fan de football, @oranaise a appelé son chien Zico par référence au grand joueur brésilien. Elle vit à Austin au Texas.  Attention, n’allez pas critiquer injustement l’Algérie ou sinon vous allez avoir affaire avec elle.

13. @devoirdesavoir (bot, langue: français; score 6.12)
algerie-focus est un journal électronique militant créé par Fayçal Anseur avec l’aide de plusieurs personnes, dont le youtubeur algérien Samir Lebel plus connu sous le pseudo de @hchicha.

14. @Yaspuppchen (langue: français; score 6.14)
Ancienne journaliste, Yasmine Bouchène est co-éditrice du site web jam-mag traitant des nouvelles technologies et business news.

15. @echourouk (bot, langue: arabe; 6.20)
Le journal Echourouk serait le plus gros tirage en Algérie. Il abuse de titres à sensations et a été à la source de plusieurs polémiques. Il serait détenu par Mohammed Meguedem, un proche conseiller du président Bouteflika.

16. @assuss (langues: anglais, français; score 6.33)
Écrivaine et journaliste indépendante de radio basée à New York. Née à Alger et ayant grandie à Chicago, Assia Boundaoui est une observatrice assidue des évènements ayant lieu dans la zone MENA. Elle avait réalisée un reportage à Alger lors des manifestations politiques de février dernier.

17. @azizbendriss (langues: français, anglais; score 6.36)
Geek sympathique, formé à l’USTHB, je situe un peu mieux Aziz depuis qu’il a changée sa bio. Il a récemment remplacé “Please wait, loading bio...” (Merci d’attendre, bio en cours de chargement...) par “Tired being a genius, now I play football” (Fatigué d’être un génie, maintenant je joue au football).

18. @ninarevolution (langue: français; score 6.51)
La pasionaria de la révolution twitterienne algérienne. Nina Sellés a travaillé pour El Watan. Elle a participée à l’une des premières manifestations pacifiques à Alger cette année. Elle tient le blog lavieaalger.

19. @Sifaoui (langue: français; score 6.70)
Nouveau venu sur Twitter, le journaliste Mohammed Sifaoui est souvent invité sur les plateaux TV des chaines TV françaises d’information. Ses positions y sont résolument anti-régime algérien et anti-islamiste.

20. @hamoudaissam (langue: arabe; score 6.76)
Designer graphique, Aissam Hamoud affiche une bio en arabe un brin provocatrice “Naturellement tempétueux, les avis des autres ne me concernent pas à moins d’avoir un besoin d'humiliation“ (besoin de les humilier ou de s’humilier?). Son portfolio est disponible sur son blog hamoudart. Il fait partie d’une génération de professionnels doués dont l’expertise technique et artistique est reconnue et valorisée au Moyen Orient.

21. @mouna_dz (langue: arabe; score 6.87)
Imene est étudiante en Magistère communication et s’intéresse particulièrement aux nouveaux médias et réseaux sociaux. Elle est l'une des rares arabophones sur Twitter qui milite pour que le condamné Mohammed Baba Nedjar ait droit à une justice équitable. Elle a ajoutée l'image du militant condamné sur sa photo à elle.

22. @iChaib (langues: français, anglais; score 6.95)
Geek hyperactif, Ismail travaille chez Tesobe, il est le cofondateur de SMSBridge en Algerie. La liste de ses projets est assez impressionnante.

23. @7our (langues: français, anglais; score 7.47)
Militant pour la démocratie en Algérie. Intéressé à titre personnel par la situation politique et sécuritaire de la zone MENA. Avec un objectif clair: éviter que la RADP ne sombre dans un État totalement défaillant.

24. @karim_2 (langue: français, score 7.63)

Karim Abdelmoula est un technophile absolu. Tellement versé dans les technologies que j’en arrive à me poser la question suivante. S’agit-il finalement d’un humain ou d’un bot?

25. @ESAlgeriens (bot, langue: français; score 8.03)
La page collaborative ESA (Envoyés Spéciaux Algériens ) est l’une des plus suivies par les algériens sur Facebook.

Vous pouvez directement suivre cette liste en cliquant ici. Vous aurez alors un aperçu des centres d'intérêts de la twittosphère algérienne.

Il s’agit d’un premier classement, d’un premier essai qui reste encore imparfait. Si votre compte n’y apparait pas, n’hésitez pas à me contacter sur Twitter. Vos réactions et commentaires sont les bienvenus, on pourra alors ensemble améliorer ce classement par la suite. Comme le dit un proverbe, “une main toute seule ne peut pas applaudire”.

Pour information, voici la méthodologie suivie pour la réalisation de ce classement. 5 critères ont été utilisés:

  • Historique suffisant: avoir au moins 500 followers et au moins 250 tweets. Autrement, c’est @algehanaa qui remporterait la première place. Et cela n'aurait pas beaucoup de sens.
  • Rapport entre followers et friends. Difficile de calculer le nombre des véritables followers. En théorie, suivre 2000 comptes et avoir 500 followers n’est pas un exploit difficile à réaliser en soi. La formule utilisée dans ce classement tient ainsi compte du nombre des comptes suivis pour remédier à cet état de fait.
  • Impact des tweets: rapport nombre de tweets par nombre de followers.
  • Activité récente: avoir un nombre suffisant de tweets dans le passé récent. Cela permet d’écarter des comptes inactifs depuis une certaine durée.
  • Valeur ajoutée: les bots qui font que du RT (retweet) ou qui parfois plagient les tweets des autres ont été écartés aussi.

 

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Constituante Tunisie 2011: Comment un raz de marée islamiste d'Ennahda a été évité.

Lundi 31 octobre 2011.

Que se serait-il passé si le scrutin uninominal - de type 'Algérie 1991' - avait été utilisé?

En ce printemps - du latin primus, premier, et tempus, temps - démocratique arabe, il faut tout d'abord féliciter les électrices et les électeurs tunisiens. Ils ont fait leur choix. La démocratie s’est exprimée à travers les urnes. Les députés de la constituante ont maintenant toute la légitimité nécessaire pour entamer leurs travaux, et rédiger une constitution que nous espérons garante d’une période de stabilité et de prospérité pour le peuple tunisien.

Dans un précédent article, daté du jeudi 20 octobre dernier, l'un des points signalés comme étant particulièrement favorable à l'expression populaire lors d'une transition démocratique est le choix du scrutin proportionnel. L'objet du présent article est d'apporter un éclairage particulier à cet argument.

L'élection tunisienne du 23 octobre 2011 s'est faite au scrutin proportionnel à un seul tour au plus fort reste. Il y avait 33 circonscriptions en Tunisie et à l'étranger, suivant un découpage géographique, essentiellement inspiré de la division administrative en gouvernorats pour ce qui est du territoire national tunisien. L'électeur devait cocher sur son bulletin de vote la case du parti choisi, parmi une liste d'une centaine de protagonistes.

Il ne s'agit pas ici de donner les résultats détaillés. Le lecteur peut les trouver sur d'autres sites comme par exemple tunisia-live.com ou isie.tn. Ni de faire de la prospective sur la recomposition du champ politique tunisien. En fait, le propos de cette réflexion ne porte pas sur l'interprétation des choix électoraux. Il s'agit plus d’une approche technique, composée d'une analyse et ensuite d'une extrapolation.

Le tableau récapitulatif suivant résume pour chaque circonscription les résultats du 23 octobre. Y sont indiqués les noms des deux partis arrivés en première et seconde positions, avec sur la ligne en dessous le pourcentage des voix exprimées obtenu localement.

Zone Premier Second Zone Premier Second Zone Premier Second
Ariana   Ennahda Ettakatol Beja  
Ennahda Aridha Ben Arous Ennahda Ettakatol
8 Sièges 35.39% 13.71% 6 Sièges 29.60% 7.23% 10 Sièges 41.53% 12.61%
Bizerte Ennahda CPR Gabes Ennahda CPR Gafsa Ennahda CPR
9 Sièges 40.02% 7.74% 7 Sièges 51.78% 9.71% 7 Sièges 39.55% 7.78%
Jendouba Ennahda Aridha Kairouan Ennahda Aridha Kasserine Ennahda CPR
8 Sièges 29.33% 11.01% 9 Sièges 41.39% 17.74% 8 Sièges 33.85% 6.77%
Kebili Ennahda CPR Kef Ennahda Aridha Mahdia Ennahda Aridha
5 Sièges 39.39% 27.33% 6 Sièges 25.71% 7.77% 8 Sièges 30.17% 7.19%
Manouba Ennahda CPR Medenine Ennahda CPR Monastir Ennahda Moubadara
7 Sièges 39.34% 9.04% 9 Sièges 46.96% 9.71% 9 Sièges 31.95% 17.50%
Nabeul 1 Ennahda CPR Nabeul 2 Ennahda CPR Sfax 1 Ennahda CPR
7 Sièges 30.51% 12.02% 6 Sièges 28.75% 13.79% 7 Sièges 46.57% 10.03%
Sfax 1 Ennahda CPR Sidi Bouzid Aridha Ennahda Siliana Ennahda Aridha
9 Sièges 37.37% 12.85% 8 Sièges 58.68% 24.07% 6 Sièges 27.42% 8.48%
Sousse Ennahda Moubadara Tataouine Ennahda Aridha Tozeur Ennahda Loyauté
10 Sièges 35.19% 21.36% 4 Sièges 61.21% 5.88% 4 Sièges 42.01% 5.63%
Tunis 1 Ennahda Ettakatol Tunis 2 Ennahda Ettakatol Zaghouan Ennahda Aridha
9 Sièges 45.43% 13.00% 8 Sièges 29.93% 18.95% 5 Sièges 33.45% 8.74%
France 1 Ennahda CPR France 2 Ennahda CPR Italie Ennahda Aridha
5 Sièges 33.52% 12.49% 5 Sièges 56.48% 16.53% 3 Sièges 49.00% 11.31%
Allemagne Ennahda Monde Arabe Ennahda CPR Reste du Monde Ennahda CPR
1 Siège 42.77% 2 Sièges 45.62% 14.24% 2 Sièges 36.81% 19.49%

Légende et choix des couleurs:
Ennahda obtient plus de 50% des voix

Ennahda obtient entre 40% et 50% des voix
Ennahda obtient entre 30% et 40% des voix

Aridha obtient plus de 50% des voix

1. Analyse succinte des résultats bruts

Ennahda de Rached Ghannouchi est "l'unique acteur incontournable" de ces élections. Il arrive en première position dans la quasi totalité des circonscriptions. La seule zone qui lui échappe est celle de Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne. Il y est devancé par la liste «Pétition populaire pour la justice et le développement» plus connue sur place sous le nom d'Aridha. Pour les besoins de cet article, il n'a pas été tenu compte de l'invalidation de six listes Aridha par l’instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE).

Ensuite c'est le Congrés Pour la République (CPR) de Moncef Marzouki qui dispose de la meilleure couverture, il est 15 fois second. La liste Aridha de Hechmi Hamdi est la première sur Sidi Bouzid, et se retrouve 9 fois seconde. Suivent les formations d'Ettakatol de Mustapha Ben Jaâfar (4 fois second), Moubadara (2 fois second) et Loyauté envers les martyrs (1 fois second).

Autre remarque, sur les 33 circonscriptions, les partis concurrents d'Ennahda ont dépassé la barre des 20% seulement trois fois!

2. Extrapolation: Que se serait-il passé si le scrutin uninominal majoritaire à deux tours avait été utilisé à la place de la proportionnelle?

Imaginons que le vote tunisien ait été fait suivant le système en vigueur lors des législatives en France. Avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, l'électeur doit voter pour un candidat et non une liste. Au vu des résultats du premier tour, on sélectionne les 2 premiers arrivés pour le second tour (éventuellement le troisième arrivé en France s'il obtient au moins 12,5 % des inscrits, d'où la possibilité de triangulaire).

Pour les besoins de notre démarche méthodologique, on utilisera les hypothèses de travail suivantes:

  • On suppose que notre vote a eu lieu dans 217 circonscriptions individuelles. Chaque circonscription-siège reproduisant localement les mêmes proportions entre les différents partis que ceux de la circonscription-zone dont elle fait partie. Ainsi pour la zone de Ariana, pour chacun des 6 circonscriptions-sièges, Ennahada aurait eu 35,39%.
  • Le vote du 23 octobre étant l'équivalent d'un 1er tour, il nous faut extrapoler les résultats du second tour en fonction des taux de suffrages obtenus au premier. Considérons alors les règles suivantes, quelque peu minimisantes pour Ennahda. Là où ce parti a obtenu entre 40% et 50% des suffrages, il aurait finalement remporté les sièges. Et on affecte à Ennahda la moitié des sièges où ce parti a obtenu entre 30% et 40% des voix. En d'autres termes, on imagine un rassemblement large et mobilisateur des autres partis (y compris Aridha) contre Ennahda. Les concurrents d'Ennahda partent d'un score relativement faible et doivent obtenir l'appoint de toutes les autres forces. En d'autres termes, dans cette extrapolation, nous avons sous-estimé Ennahda et passablement exagéré l'efficacité des autres composantes politiques.

Qu'en est-il des résultats dans notre élection extrapolée? Au premier tour, Ennahda remporte 16 sièges et Aridha 8 sièges. Au second tour fictif, le parti islamiste obtient 100% des sièges là où

Ennahda obtient entre 40% et 50% des voix

soit 63 sièges; et 50% des sièges où

Ennahda obtient entre 40% et 50% des voix

soit 45 sièges. Cela fait un total de 124 sièges sur 217, soit une proportion d'environ 60%.

Il est certain qu'avec le mode de scrutin uninominal à 2 tours, le parti Ennahda aurait eu une majorité absolue confortable, sans avoir besoin de s'allier ou de composer avec les autres forces politiques. Il aurait eu au moins 60% des sièges, et de façon crédible largement plus que 60%, au vu des hypothèses précédentes.

Raison de plus d'insister sur la pertinence du choix du vote proportionnel pour le choix de la Constituante en Tunisie, et in extenso pour d'autres pays arabes qui on l'espère renouvelleront cette expérience. Avec ce type de scrutin, le poids du parti de Rached Ghannouchi dans l'assemblée constituante, soit 41,47% des sièges, est conforme au nombre de voix recueillis globalement. Il a en effet obtenu 1.501.418 voix (sous réserve de confirmation des résultats provisoires) sur un total de 3.702.627 votes exprimés, soit 40,55% du corps électoral s'étant exprimé (Calcul fait par l'auteur car nombre d'articles confondent malencontreusement % de suffrages et % de sièges.).

Alors félicitations aux électrices et électeurs tunisiens. Sans oublier les membres du conseil de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, sans qui cette réussite électorale aurait eue un goût de monopole politique. Sortie d'une longue période de dictature, la Tunisie avait besoin que toutes ses sensibilités s'expriment. Le vote du 23 octobre a donné la meilleure photographie possible des forces politiques en présence. En écartant la diversité politique à cette étape cruciale, un raz de marée islamiste n'aurait pas été une réelle avancée démocratique. On se serait alors retrouvé dans une configuration ayant certaines similitudes (mais pas toutes car Ennahda n'est pas le FIS) avec le vote algérien du 26 décembre 1991. Les organisateurs du scrutin tunisien ont eu cette sagesse que n'ont pas eu leurs prédecesseurs algériens. Je reviendrai là dessus lors de mon prochain article.

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Élections législatives en Tunisie. Un petit comparatif avec les élections de 1991 en Algérie.

Jeudi 20 octobre 2011.

Quatre différences et une similitude.

1. Ennahda n’est pas le FIS.

Ennahda n’est pas sur la même ligne idéologique que l’ex-FIS. Il s’est démarqué des groupuscules salafistes et semble prendre comme exemple le parti turc d’Erdogan. Les propos du porte-parole du parti Ennahda, Samir Dilou, sont à ce titre suffisamment clairs: « Nous ne voulons pas une théocratie. Nous voulons un État démocratique qui se caractérise par l'idée de la liberté. Le peuple doit décider par lui-même comment il vit [...] Nous ne sommes pas un parti islamiste, nous sommes un parti islamique, qui obtient aussi sa direction par les principes du Coran. »

 Aujourd’hui même, Rached Ghannouchi a dit  « Il faudra accepter les résultats et nous nous allierons avec tous ceux qui accepteront de s’allier avec nous, pourvu que nous puissions nous entendre sur le programme ».

Le FIS était lui sur une ligne insurrectionnelle, bien avant les élections du 26 décembre 1991. Pour rappel, quelques déclarations des dirigeants FIS de l’époque: 

 Abassi Madani: « Pas de Charte ni de Constitution. Seul le Coran ». 

Ali Benhadj: La démocratie est « un concept étranger, et un mot qui n'existe dans aucun dictionnaire de langue arabe, ni dans le Coran, ni dans la Sunna ».

Et la fameuse phrase « La démocratie est un péché » d’Ali Benhadj.

2. L'élection en Tunisie est celle d’une assemblée constituante.

Il n’y a pas eu d’assemblée constituante en Algérie. Le président Chadli Bendjedid avait dans la foulée des émeutes d’octobre 88, promis des réformes, et fait voter une nouvelle constitution le 26 février 1989. Le texte fondamental avait été rédigé avec l’aide d’experts constitutionnalistes français. Il était construit autour du rôle central du président de la république, sur le modèle de la constitution de la Vème république française.

L’escamotage du débat sur un texte aussi essentiel allait rejaillir par la suite. Dans sa charte du 7 mars 1989, le FIS ne reconnaissait pas le texte voté quelques jours plus tôt. Il avait alors déclaré “Toutes les instances de l'exécutif doivent être réformées: présidence, gouvernement, département, commune...”  Les graines de la confrontation avaient en fait déjà été semées.

En Tunisie, il est probable qu’Ennahda n’aura pas les coudées franches pour établir une constitution faite sur mesure pour lui. Il devra négocier, s’associer, faire des compromis avec d’autres forces politiques pour influer sur les choix constitutonnels. Mais une fois la constitution établie, elle bénéficiera d'une légitimité large auprès du paysage politique.

3. Vote au scrutin proportionnel.

Le code électoral algérien de 1991 était sensé paver la voie du succès au FLN. Il donnait un avantage crucial au parti majoritaire. Calqué sur le système français d’une élection à deux tours, avec un découpage électoral par circonscriptions, avec un seul député élu par circonscription. Sauf que les calculs des décideurs de l’époque étaient grossièrement faux, basés qu’ils étaient sur des projections et des remontées fantaisistes des services de renseignement. Ce mode électoral défavorisait tout parti qui n’avait pas une assise sur un territoire donné. A titre d’illustration, au soir du premier tour de décembre 1991, le FFS avait gagné 25 sièges de députés avec 510.551 voix. Alors que le FLN avec trois fois plus de voix (1.613.507 voix) n’en avait que 15 sièges.

Heureusement, l’élection tunisienne est un scrutin proportionnel au plus fort reste sur 33 circonscriptions. Chaque circonscription enverra un quota de quatre à dix sièges,  au prorata de sa population. Les partis représentatifs, sans être obligatoirement majoritaires sur un territoire, auront ainsi l’occasion de participer au sein de la constituante.

4. Exclusion de l’ex parti-Etat.

Le RCD a été dissous en Tunisie. Il ne pollue plus la scène politique. Certes, d’anciens membres de ce parti-Etat essaient encore d’influer sur le cours des évènements avec des formations bébés-RCD. C’est leur droit de participer au jeu démocratique, mais ils ne peuvent pas le faire avec un soutien affiché de l’administration, ni se prévaloir d’une expérience dans la gestion du pays. 

Le FLN, traversé par des courants idéologiques antagonistes, était et demeure une source de problèmes pour le paysage politique de l’Algérie indépendante, et non pas un outil de résolution. Sa non-dissolution lors de l’ouverture démocratique 1988-91 a fait peser des soupçons sur une réelle volonté de changement de la part de Chadli Bendjedid. Pour le bon sens populaire, le régime d’alors changeait tout pour que rien ne change, avec un FLN qui devait rester arbitre de la compétition politique entre islamistes et démocrates. 

Le sous-titre "Quatre différences et une similitude" est librement inspiré du titre du film ‘Quatre mariages et un enterrement’. Au sens où les quatre éléments précédents sont ici porteurs d’espoirs pour la démocratie tunisienne et un dernier élément qui suit est plutôt source de perturbation et de confusion. 

5. Brouillage politique et dispersion des voix.

Qui se souvient du parti algérien RNP? Pas le Rassemblement National Patriotique voulu par feu Boudiaf en 1992. Non, le parti homonyme qui a participé aux élections de fin décembre 1991. Très difficile de retrouver des informations sur ce groupuscule. Et pour cause, sur des millions d’électeurs, ce RNP avait obtenu 111 voix! Et pourtant, il avait bénéficié du même temps d’antenne radio-TV que les autres acteurs. La quantité en lieu et place de la qualité.

Sur les 50 partis ayant participé aux législatives de décembre 1991, seulement sept d’entre eux avaient obtenu chacun plus de 1% des voix exprimées (FIS, FLN, FFS, RCD, MDA, MNI, Hamas). La multiplication des partis n'est pas un facteur de renforcement de la démocratie. La campagne électorale officielle a été un enchevêtrement de discours inaudibles, de programmes illisibles, de propositions parfois risibles. C’est dans cette ambiance de confusion qu'on demandait au citoyen de choisir. 

Sur 14.160.000 électeurs, 900.000 algériens ne se sont pas inscrits sur les listes, 5.440.000 se sont abstenus, 920.000 ont déposé des bulletins blancs ou nuls, 350.000 ont voté pour des micro-partis. Soit un total de 7.610.000 ou 53,7% de l’électorat qui a été absent d’une manière ou une autre de l’enjeu. 

C’est le danger qui guette les législatives tunisiennes. Avec presque une centaine de partis, le choix sera ardu, compliqué pour certains citoyens tunisiens. La plus grande erreur serait alors de ne pas participer, de s'abstenir...et de laisser aux autres le droit de choisir ce que doit être la nouvelle Tunisie.

 

 

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Un blog pour aller au delà des 140 caractères de Twitter.

Décidément, nous vivons des temps passionnants. Qui aurait imaginé il y a un an tout ce qui s'est passé depuis? En octobre 2010, Mohamed Bouazizi était un parfait inconnu. Sidi Bouzid somnolait dans une fausse léthargie. Seif al Islam Kadhafi était reçu dans les capitales occidentales comme étant un réformateur très acceptable. Moubarak préparait avec son fils sa succession. Des laudateurs zélés du régime tunisien appelaient à la candidature de Ben Ali à la présidentielle de 2014!


Le régime de Ben Ali dans toute sa splendeur semblait alors inamovible. Il était d’ailleurs pris comme modèle, par les gouvernants d’Alger et d’ailleurs, pour ses méthodes ‘efficaces’: verrouillage de la société civile, contrôle policier, étouffement de la contestation,... des méthodes qui donnaient au régime une illusion de solidité. Cela n’a pas empêché son écroulement comme chacun le sait.


Nous vivons une formidable accélération de l’Histoire. Projetons nous maintenant dans un an, en octobre 2012. La démocratie s’établira-t-elle en pays arabe? Le vent du changement atteindra-t-il les rives algériennes? Ou irons nous vers de nouvelles désillusions? C’est pour développer mon point de vue que j’ouvre ce blog. Au delà des 140 caractères que permet Twitter, j’aborderai ici avec plus de profondeur les mêmes thèmes: la démocratie, les droits de l’Homme, la situation sécuritaire,...


Ce blog est un nouvel espace d’expression. Il me permet de participer à la réflexion collective. D’apporter ma pierre à l’édification d’un Etat de droit dans une société ouverte et tolérante. Gardez un oeil sur ce blog. Ces temps passionnants que nous vivons ne sont pas encore finis.

 

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